L'Océanie dans tous ses Etats - hommage à Guy Agniel

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Éditorial n° 35

Rien ne prédisposait la Revue juridique, politique et économique de Nouvelle-Calédonie de subir une année 2020 aussi mouvementée. Un virus inconnu venant de Chine s’est propagé d’une façon fulgurante au point de concerner tous les États. Devenue pandémie, la Covid-19 n’atteint la Nouvelle-Calédonie que la deuxième quinzaine de mars, permettant à cette collectivité d’outre-mer de prendre, bien avant d’être concernée, toutes les mesures adéquates de protection. Mobilisant pour la circonstance toutes les forces vives calédoniennes pour combattre les effets dévastateurs de ce virus, les responsables ont concentré leur action à la défense et à la protection de leurs concitoyens. La classe politique toute à cette défense a délaissé pour la circonstance les travaux de réflexions sur l’habitat qui devaient constituer le dossier principal dans ce premier numéro de l’année.

Avant tout, les articles de la partie Doctrine nous permettent d’informer les lecteurs non seulement sur le système de santé calédonien, mais aussi sur la numérisation des données de santé. Un éclairage est par ailleurs apporté sur le référendum concernant l’indépendance de Bougainville et une réflexion est également développée sur la limitation de l’autonomie fiscale de la Nouvelle-Calédonie et enfin une analyse sur le premier tour des municipales.

Le fait de vouloir publier un dossier sur l’habitat en avril, juste après les élections municipales, ne devait a priori poser aucun problème particulier, sauf l’imprévu et celui-ci était de taille… un confinement généralisé à l’échelle planétaire. Bien que touchée à la marge, la Nouvelle-Calédonie en ressentait les effets négatifs au niveau de la production scripturale. Nous présentons ainsi à nos lecteurs des articles rédigés par des responsables provinciaux ainsi que par des professionnels aguerris dans le secteur de l’habitat. Le président de la province Nord et la présidente de la province Sud ont volontiers présenté leur politique de l’habitat en général et du logement en particulier en soulignant qu’un fort dynamisme les anime pour une accession à la propriété décente en concordance avec un développement durable et toujours avec le souci permanent du financement.

Sur le plan communal, un article du président de l’association française des maires de Nouvelle-Calédonie apporte un éclairage globalisant sur une bonne partie des communes calédoniennes. Compte tenu des forts enjeux dans le contexte institutionnel actuel, les municipalités tributaires d’une gouvernance collective et en l’absence d’une intercommunalité, ont néanmoins répondu à un besoin de construction de logements sans produire de l’habitat. Envisager une politique de l’habitat en agglomération c’est réfléchir sur des valeurs et un modèle de société afin de construire une commune ouverte à un destin commun urbain.

Quant aux professionnels, au niveau des organismes logeurs, seul le responsable du Fonds social de l’habitat nous a rédigé une bonne synthèse de la problématique du logement social. L’acuité de la perception des problèmes très mouvants dans ce secteur est liée aux courants de l’actualité et le bailleur doit sans cesse s’adapter aux perpétuelles mutations pour avoir une vue d’ensemble. Tout en s’adaptant à la demande, le bailleur se doit de prendre en compte les aspects environnementaux et maintenir des relations riches entre les professionnels dans ce secteur. C’est à ce niveau qu’intervient un expert, l’agent immobilier, intermédiaire pragmatique entre l’environnement, c’est-à-dire la connaissance de l’espace dans lequel le logement se situe et le logement en tant que tel. Professionnel, l’agent immobilier accompagne la plupart des intervenants dans ce secteur. Mais s’impliquer dans l’habitat c’est aussi répondre à des besoins techniques normalement pourvus par une formation que dispense le Régiment du Service Militaire Adapté. Enfin, la crise du logement calédonien serait pour le responsable du parti politique « Calédonie Nouvelle et Réunie » moins aigüe si le modèle de construction métropolitain s’effaçait au profit d’un modèle « calédonien ». Quant à la vision du sociologue, elle apporte une touche particulière dans ce domaine si complexe et si particulier.

Concernant un autre domaine, la Revue juridique, politique et économique de Nouvelle-Calédonie aborde à nouveau la croissance bleue dans le cadre de journées de la mer qui devraient, si tout se passe bien, se dérouler en juillet en Nouvelle-Calédonie et d’États Généraux quelques mois plus tard. Véritable moteur économique, ce secteur par ses immenses possibilités de développement peut permettre à la Nouvelle-Calédonie une relance repensée pour son enrichissement tant économique qu’environnemental et sociétal après cette crise sanitaire. Riche de cette potentialité économique, ces futurs états généraux vont permettre à la Nouvelle-Calédonie de se positionner en leader dans ce domaine. C’est donc en avant-première que ce dossier est présenté aux lecteurs. L’essentiel des institutions s’est engagé dans cette future mise en valeur de la mer et de cette future croissance bleue à laquelle s’attachent de très nombreux scientifiques tant de la métropole que locaux ou régionaux s’engagent à développer.

Le maître mot est la diversification économique, une diversification tournée vers la mer qui devrait permettre une priorisation, une stratégie axée sur la croissance bleue. Cette politique d’ouverture alliée à l’excellence de nos entreprises et de nos scientifiques par le label « Territoire d’Innovation » laisse augurer un développement durable le plus harmonieux possible grâce à des partenariats croisés.

Néanmoins, en raison de l’actualité sanitaire un petit dossier sur la Covid-19 est présenté aux lecteurs d’une manière succincte. Que ce soit sur l’applicabilité de l’état d’urgence à cette collectivité sui generis, ou sur la réactivité des responsables locaux quant à l’apparition de cette pandémie sur le « Caillou » ou enfin sur les conséquences économiques à court et moyen termes.

Pour ce qui concerne les rubriques suivantes : celle sur le droit coutumier kanak apporte un éclairage intéressant sur l’utilité des langues vernaculaires pour comprendre le droit coutumier kanak. Celle sur la rubrique Libres opinions laisse la parole au président de la nouvelle association de défense des Français sur le droit de vote.

Nos rubriques habituelles sur la jurisprudence, la chronologie institutionnelle, la bibliographie et documentaire permettent d’agrémenter la lecture.

Pour la première fois, depuis la fondation de la RJPENC en 2003, nous mettons en ligne (www.rjpenc.nc) gratuitement à la disposition de tout un chacun, un ouvrage en mémoire de Guy Agniel, professeur de droit public à l’Université de la Nouvelle-Calédonie, décédé il y a maintenant quatre ans.

 

Robert Bertram,
Directeur de la RJPENC